Le deuil n’a pas de date d’expiration ; Vous n’avez pas à vous sentir coupable de votre tristesse

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Le deuil n’a pas de date d’expiration; Vous n’avez pas à vous sentir coupable de votre tristesse

J’ai perdu mon père d’une crise cardiaque à l’âge de seize ans. Je me suis rendue à l’école le matin du 14 Avril 2008 et quand je suis rentrée chez moi ce soir-là, je n’avais plus de père. Très vite j’ai fait face à un cocktail d’émotions peu familières, une douleur très écrasante que je ne souhaite à personne.

Chaque fois que je pensais me ressaisir, je percevais la boucle d’une de ses ceintures près d’une armoire, ou une de ses chaussettes sur le plancher, et soudainement, les points de suture que je m’étais fait se déchiraient en sanglots. J’ai perdu la capacité de prendre des décisions simples, comme passer une commande au restaurant ou décider quel programme télévisé regarder. Plus rien n’avait de sens cette semaine là.

Mon père était mon meilleur ami, non parce qu’il tenait absolument à rester jeune ou parce que ça lui permettait d’échapper à certaines circonstances. Bien au contraire, mon père était très strict, et me poussait toujours à m’améliorer et à devenir une meilleure personne. Avec lui, je pouvais parler de mes soucis avec la garantie de recevoir des conseils honnêtes et impartiaux. Il m’a poussé à voir le bon qui était en moi au lieu de m’attarder sur le négatif. Je pouvais fondre en larmes devant lui, tout en sachant que ça ne le mettrait pas mal à l’aise.

Le jour de sa mort j’ai dû accepter le fait que je ne pouvais compter sur personne d’autre que moi-même. Cela en soi semblait être une chose difficile, mais aujourd’hui cette charge varie en fonction des circonstances. Ma soeur et moi avons tellement pleuré, et il me fallait être forte. En tant qu’aînée de ma famille, je suis vite devenue la responsable du foyer après ma mère. J’ai aidé à planifier les funérailles et ai veillé à ce que toutes les formalités soient en ordre. Ce nouveau rôle ne me dérangeait pas, car il me permettait de rester responsable, comme si en aidant ma mère je redonnais à mon père tout l’amour qu’il m’avait donné.

Mon plus grand défaut est d’avoir toujours mis l’accent sur l’avenir au lieu de rester ancrée dans le présent. Il n’est donc pas surprenant que la mort de mon père et ma résolution à long terme du chagrin ne soient pas différents. J’ai pleuré durant toute la semaine qui a succédé sa mort. J’ai pleuré avec toutes les personnes qui étaient à l’enterrement. Après tout, c’est ce qu’un deuil est censé être, n’est-ce pas?

Lorsque tous les endeuillés sont passés à la maison et que l’enterrement a pris fin, j’ai repris ma vie à partir de là où je l’avais laissée avant sa mort. J’évitais de vivre dans l’instant « présent », parce que le présent était trop douloureux, mais en même temps j’essayais de convaincre le reste du monde que j’étais une femme forte face à ses émotions. J’ai donc mis davantage l’accent pour entrer à l’université et faire toutes les choses que mon père aurait voulu pour moi.

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Cette approche a très bien fonctionné jusqu’à la dernière année d’université. J’ai ensuite figuré sur la liste des doyennes et doyens, je venais d’être admise à l’école des études supérieures, et j’étais sur le point d’obtenir un diplôme. Et là mon fiancé m’a demandé de l’épouser. Sauf, que je ne pensais pas qu’il allait m’offrir la bague de fiançailles de ma mère, celle que mon père lui avait offerte. Il y avait là soudainement un rappel de mon père miroitant sur mon doigt que je ne pouvais ignorer.

Bien que ce soit l’un des moments les plus heureux de ma vie, mes fiançailles ont fait resurgir tout le chagrin refoulé, avec une telle vigueur que je ressentais à nouveau le choc de son décès une fois de plus. Je ne pouvais pas rentrer à la maison en courant et annoncer la bonne nouvelle à mon père. Il n’était plus là pour me conduire à l’église.
J’ai réalisé à quel point je m’étais voilé la face. Je n’avais pas fini mon deuil parce que je ne l’avais pas commencé en premier lieu. J’avais été tellement absorbée par mon nouveau rôle que je ne m’étais pas donné les moyens de ressentir la colère, le ressentiment, la déprime, ou même trouver la grâce dont j’avais le plus besoin pour avancer.

Lors des funérailles, beaucoup de personnes m’ont dit que les choses allaient devenir plus faciles avec le temps. En vérité, ceci n’est presque jamais le cas. J’ai réalisé que la douleur ne se termine jamais; nous trouvons juste des manières différentes de la gérer dans nos vies. A vingt-quatre ans, je fais semblant d’être une femme professionnelle stoïque et impassible, mais parler de mon père avec des gens me fait encore toujours fondre en larmes. Je pense à lui et j’écris plus sur lui aujourd’hui que je le faisais il y a sept ans, et ça me soulage. Il n’y a aucune limite dans le temps pour la douleur que celle que nous nous imposons.

Si je pouvais parler aujourd’hui à la personne que j’étais à l’âge de treize ans, je lui dirais de ne pas se sentir coupable de sa tristesse. Qu’elle a le droit de pleurer autant qu’elle le désire, aussi longtemps qu’elle le veut. Plus important encore, je lui dirais qu’il est important de prendre le temps de démêler ses sentiments au lieu de s’en protéger, ou de mettre quelqu’un d’autre au premier plan. Je dois reconnaître que certains souvenirs de mon père déclenchent encore toujours un pincement au coeur. Je ressentirai toujours un vide dans ma vie maintenant qu’il est parti. Mais j’ai pris conscience qu’une grande partie de lui vit en moi aujourd’hui – par mon sourire, mes loisirs, et par les souvenirs que je partage avec les personnes dans ma vie qui ont eu l’honneur de le connaître.

La clé du deuil ne consiste pas à essayer de l’arrêter le plus rapidement possible.
Le deuil ne peut être interrompu à volonté, peu importe le nombre de fois où vous essayez de vous persuader du contraire. Ce qui importe est que nous reconnaissions que nous sommes dans la douleur et que nous essayions de trouver la bonté dans notre vie malgré cela. J’avais pour habitude de regarder ma bague de fiançailles et de me sentir engourdie par la tristesse du passé. Mais avec la pleine conscience, je peux regarder ma bague, ce cadeau de mon père, et savoir avec certitude que je suis autorisée à aller de l’avant et avoir le même bonheur que mes parents.

Mon père ne disparaîtra jamais de ma vie, mon père; il s’exprime simplement de manière qui exige une écoute minutieuse.

« On dit que le temps guérit toutes les blessures, mais cela suppose que la source du deuil est limitée. » ~ Cassandra Clare

Source :  tinybuddha.com
Sandra Véringa et Alyssa Pierce

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